Du rugby à la guerre, de Sydney à la Somme : les frères Wallach

Voici l’histoire des frères Wallach, mêlant la gloire anonyme et épique d’un soldat à celle, souvent populaire mais en apparence plus précaire, d’un sportif.
Par Georges Gauthier, Historien

5 août 1914. Temps couvert, humide. La fraîcheur de l’hiver austral enveloppe le vieux Sydney Sports Ground – le terrain de sport de la Nouvelle-Galles du Sud – où se joue le huitième match de la tournée des Néo- Zélandais en Australie. Depuis presque dix ans, les joueurs au maillot noir précèdent les rencontres d’une danse guerrière aux origines maoris : le haka. Loin de la très médiatique débauche de testostérone à laquelle nous assistons désormais, le haka moins martial et moins époumoné, se fait à petits pas avec des gestes d’une amplitude somme toute assez modeste. La naissance du haka rugbystique précède de peu le baptême de l’équipe nationale australienne, jusqu’alors appelée les Rabbits – les Lapins. Les témoignages relatent que le symbole déplaisait réellement, car le petit mammifère était et reste encore, un animal nuisible et excessivement prolifique en Australie. Ainsi sont nés en 1908 les Wallabies, du nom du petit kangourou gris de la côte Est.

Le rugby pratiqué en ce temps-là est certes moins règlementé qu’il ne l’est aujourd’hui mais les chocs sont à la limite de la violence. Le combat de ce jour est donc aussi rude que peuvent le mener ces hommes des Antipodes, si rugueux sur le terrain et si joyeux à la ville. Ils sont, pour la plupart, les élégants et courageux produits des écoles et universités de Sydney, tous façonnés à la mode britannique mais jaloux de leur toute nouvelle indépendance. En effet, il y a plus de dix ans, grâce la fédération des provinces, un référendum créa le Commonwealth d’Australie attribuant à cette nouvelle nation des droits nouveaux. Les populations néo-zélandaises et australiennes n’ont pas encore totalement intégré la notion d’identité nationale, à tel point que les deux pays présentent un effectif commun de sportifs aux compétitions internationales, notamment aux Jeux Olympiques. Le « sport de voyous joué par des gentlemen » revêt, quant à lui, un caractère particulier et ne saurait être l’objet d’une fusion entre Kiwis et Wallabies.

La guerre est déclarée

Ce 5 août 1914, devant 15 000 spectateurs, au Sydney Sport Ground, la sélection australienne tient la dragée haute aux déjà célèbres All Blacks. Depuis le 11 juillet, début de leur tournée, jamais l’équipe néo-zélandaise n’a rencontré une telle résistance. Après seulement une minute de jeu, le paquet d’avants australiens enfonce les lignes néo-zélandaises et marque un essai.  dans le Sydney Morning Herald, précise que l’effet de surprise passé, l’équipe visiteuse impose terriblement sa force et son rythme aux locaux – déjà ! – et que ces derniers se satisfont à la mi-temps d’un écart de six points, score chèrement maintenu grâce à une opposition farouche. Au sujet de la deuxième mi-temps, le journaliste relate que « c’était encore et toujours la même vieille histoire : c’est-à-dire qu’il y a toujours un All Black de trop et, généralement, en bonne position pour marquer. Les Bleus étaient là, avec leurs armes, et le match était si dur qu’étaient parfois donnés quelques bons coups par-ci et donnés par là… des coups de pieds, envoyés un peu lâchement, puis un ou deux coups de poing qui volaient dans la mêlée. Le sang était chaud et le jeu plutôt vif. »

Un homme parmi le « huit » de devant se démène dans cette rencontre. À ses côtés deux amis de club arborent fièrement comme lui le maillot bleu ciel. L’unité australienne est récente et, en ce jour de 1914 le bleu, couleur de la Nouvelle-Galles-du-Sud, est donc à prendre comme la couleur de l’Australie. Clarence Wallach affiche déjà cinq sélections chez les Wallabies, dix en équipe de Nouvelle- Galles-du-Sud, il est le plus grand et le plus lourd de l’équipe. Subitement, alors que Clarence vient de se saisir du ballon, un silence glacial envahit le champ de jeu, immédiatement suivi d’une rumeur provenant des tribunes, à la tonalité bien plus grave que lors du premier essai « neozed ». Le score de 11 à 6 disparaît momentanément du grand panneau en bois pour afficher : « War declared ».
Les joueurs ne peuvent pas le savoir mais cette annonce funeste prédit que six de ceux qui viennent de se relever de la mêlée quitteront bientôt la terre natale et que trois d’entre eux ne reviendront jamais au pays. […]

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