L’Alpenkorps : pion tactique, outil stratégique

Le Corps alpin allemand (das Deutsche Alpenkorps), division ne comprenant organiquement que quatre puis trois régiments d’infanterie, présente des caractéristiques particulières.
Texte Général Jean-Claude Laparra (Docteur en Histoire)

La première est qu’il est créé à partir de l’idée selon laquelle le combat dans certains milieux impose des unités adaptées. Ce concept est à l’origine, par exemple, du Corps des Carpates – corps d’armée destiné à combattre dans un cadre géographique déterminé – et du Corps d’Asie – brigade interarmes engagée en Palestine. En ce qui le concerne, le Corps alpin a une vocation de montagne ; il est la première des trois divisions incluant des formations de chasseurs et en même temps spécialisées dans le combat en montagne. Les deux autres sont la 200e division d’infanterie, créée le 6 août 1916, et la Division allemande de chasseurs, formée le 14 octobre 1917. Toutefois, des divisions d’infanterie normales recevront, ultérieurement, une instruction et seront dotées d’équipements ainsi que de matériels leur permettant d’être engagées dans des secteurs montagneux : entre autres les 5e, 12e, 26e, 117e et 195e divisions d’infanterie ainsi que la 8e division bavaroise de réserve.

Cette caractéristique conduit à composer le Corps alpin de formations souvent spécialisées dans le combat dans ce milieu et à lui affecter des personnels ayant des uniformes ainsi que des équipements étudiés pour ce rôle. À sa création, une autre spécificité lui est attribuée : en tant que division, il est une formation interarmes, mais il possède dès le début, comme celles créées en 1915, son propre soutien santé. Cette organisation lui procure une certaine autonomie et se généralisera ultérieurement. D’une manière générale, ses moyens sont plus importants que ceux d’une division ordinaire. Un trait supplémentaire est qu’il est composé d’unités appartenant à des contingents différents – badois, bavarois, mecklembourgeois, prussiens –, phénomène pas exceptionnel mais à ce point inégalé.

Pour finir, la caractéristique principale du Corps est d’être une formation dotée d’une grande capacité offensive. En dehors de la période initiale, sur le front sud-est (Dolomites), ayant suivi sa création et correspondant à une phase défensive, et de la période finale, à l’Est (Serbie et Hongrie), où il sert de bouche-trou désespéré, il est caractérisé par deux dominantes: son aptitude au mouvement et la résistance de ses personnels. Il devient même un symbole : là où il se trouve, il traduit un effort du haut commandement. En dehors des deux phases mentionnées ci-dessus, il est engagé dans des luttes sur trois fronts : Est (Serbie), Ouest (Verdun), Est (Roumanie), Sud-Est (Italie du Nord) et Ouest (Flandres, Somme, limite Aisne/Nord). Ce rôle entraîne des conséquences : la formation est impliquée dans des opérations particulièrement dures (en particulier à Verdun et au mont Kemmel) et dans des campagnes imposant aux personnels de longues marches, des éléments météorologiques éprouvants, une mauvaise alimentation et des conditions de vie déplorables (surtout en Serbie et en Roumanie). Au regard de toutes ces souffrances et des énormes pertes consenties, le prix payé pour appartenir à l’élite est démesuré. […]

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